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Vers une gestion responsable des ressources énergétiques - Philippe Le Billon
Vers une gestion responsable des ressources énergétiques - Philippe Le Billon

September 25, 2005
Comme pour les chocs pétroliers de 1973 et 1979, la flambée des prix est aussi la conséquence de tensions géopolitiques croissantes et de conflits armés dans les régions productrices Philippe Le Billon
Maître de conférence au département de géographie et au Liu Institute for Global Issues de l'Université de Colombie-Britannique, M. Le Billon est l'auteur de Fuelling War: Natural Resources and Armed Conflicts (Routledge, 2005).

Édition du samedi 24 et du dimanche 25 septembre 2005

Une trentaine de chercheurs, de gens d'affaires et de responsables gouvernementaux se réunissent à l'UQAM les 29 et 30 septembre à l'invitation de l'Observatoire international de géopolitique de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et du département de géographie de l'UQAM pour mieux comprendre les enjeux des conflits liés aux ressources naturelles (www.oig.uqam.ca). Version pour imprimer Faire suivre ... Droit de reproduction Les raisons sont nombreuses pour expliquer, depuis trois ans, la hausse quasi continue des cours du pétrole. Du côté de la demande, la trop forte consommation des pays riches et le développement rapide des nouveaux pays-continents que sont la Chine et l'Inde sont les facteurs les plus importants. Du côté de l'offre, les explications vont du phénomène structurel au simple épisode conjoncturel. Citons, en vrac, l'épuisement possible des principales réserves mondiales d'ici à une trentaine d'années, le sous-investissement dans les capacités de raffinage, les interventions de l'OPEP ou, plus récemment, les ouragans Ivan et Katrina. S'y ajoutent la spéculation des marchés et les larges profits des compagnies pétrolières. Comme pour les chocs pétroliers de 1973 et 1979, cette flambée des prix est aussi la conséquence de tensions géopolitiques croissantes et de conflits armés dans les régions productrices, notamment les tensions politiques au Venezuela et en Russie, l'escalade de la violence en Irak, la persistance des troubles au Nigeria, l'instabilité de l'Arabie Saoudite et la détérioration des relations avec l'Iran. La plupart des nouveaux pays producteurs d'Afrique ont aussi fait face à de récentes tentatives de coups d'État. «Malédiction» des ressources La coïncidence entre richesse pétrolière et conflits n'est pas fortuite. Des ressources naturelles abondantes aiguisent les appétits des élites locales et des puissances étrangères et alimentent les attentes des populations. Elles peuvent susciter des ambitions de domination régionale, comme dans le cas de Saddam Hussein, ou de séparatisme, comme à Aceh, en Indonésie. Elles peuvent aussi prolonger les hostilités en finançant et en motivant les groupes armés et les troupes étrangères. Ce fut le cas en République démocratique du Congo où se sont affrontés une demi-douzaine de pays voisins et une multitude de groupes locaux. Au delà du pétrole, bien d'autres matières premières sont concernées : les diamants à la Sierra Leone et en Angola, le bois au Cambodge, au Libéria ou en Côte d'Ivoire, ou encore les narcotiques en Afghanistan, en Birmanie ou en Colombie. L'eau est aussi une ressource majeure dont l'accès et la gestion sont sources de conflits, tant domestiques qu'internationaux. Si un lien entre ressources et conflits est largement établi, les conditions de son existence restent en revanche débattues. De vastes ressources ne condamnent pas un pays à la guerre et sa population à la pauvreté; la Norvège en est un exemple. Plus que la richesse potentielle des ressources naturelles, c'est leur relative importance dans la vie économique et politique des pays producteurs ainsi que le cadre institutionnel dans lequel elles sont exploitées qui semblent compter. En l'absence de solides institutions gouvernementales et d'une économie diversifiée, leurs effets apparaissent souvent largement négatifs, tant aux niveaux politique qu'économique ou social. Les revenus des ressources naturelles, en effet, sont souvent volatils et facilement détournés, entraînant fluctuations budgétaires, inflation, corruption et graves inégalités. Ils entraînent souvent aussi un manque de compétitivité dans les autres secteurs, affaiblissant l'économie. Enfin, cette dépendance envers les ressources semble affaiblir les institutions démocratiques, renforçant patronage politique ou dictature. Le passage de l'ouragan Katrina dans le golfe du Mexique a ainsi clairement illustré les inégalités qui caractérisent la plupart des zones de production pétrolière où la domination des intérêts privés et la corruption du système politique mettent la manne pétrolière hors de portée des populations les plus vulnérables. Cette flambée des prix réjouit certains pays producteurs mais elle pourrait bien, paradoxalement, aggraver leur situation. Cela, sans compter que de nombreux pays pauvres importateurs font déjà face à de douloureuses crises énergétiques et répercussions économiques. Transparence, prévention et juste distribution Cette forte hausse des prix rend aussi urgente qu'opportune une réforme des politiques de gestion des ressources naturelles, et en particulier du pétrole, mais quels sont les futurs «points chauds» du globe et quelles sont les réformes à adopter ? Le golfe Persique, ainsi que la mer de Chine, l'Afrique de l'Ouest, l'Asie centrale et les Caraïbes figurent parmi les régions actuellement les plus sensibles. La sécurité et le contrôle des corridors de transport, notamment des détroits maritimes, sont aussi des sujets majeurs de préoccupation. Au delà de ces zones géostratégiques, de nombreux points le long de la filière pétrole apparaissent aussi vulnérables en raison des craintes d'attaques terroristes, de la grogne contre l'indécence des profits des compagnies pétrolières ou de la faiblesse de nombreux gouvernements. Parmi les réformes possibles, la transparence fiscale est une priorité majeure. Sans transparence crédible, toutes les dérives sont permises et les populations sont en droit de douter de l'intégrité de leurs gouvernants et des compagnies. L'Initiative pour la transparence des industries extractives adoptée par des pays africains et la campagne internationale initiée par des ONG demandant aux entreprises de «publier ce que vous payez» vont dans la bonne direction. En assurant une plus grande transparence des revenus et en réduisant les risques de corruption, ces initiatives peuvent en effet consolider la légitimité des gouvernements et des compagnies et réduire par là même certaines sources de conflit. La prévention des conflits passe aussi par une plus juste distribution des revenus pétroliers mettant en avant les besoins des populations et des régions les plus pauvres. Une telle prévention demande aussi d'amoindrir les chocs économiques liés aux fluctuations de prix. La mobilisation des stocks stratégiques pétroliers a pour l'instant surtout visé à aider les économies occidentales. Il faut faire davantage pour les pays enclins aux conflits, qu'ils soient exportateurs ou importateurs. Enfin, les nombreux intérêts privés et les politiques gouvernementales doivent être tenus responsables de leurs répercussions, tant économiques qu'humanitaires.

 
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